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L’utilisation de listes noires
Les accusations de J. McCarthy ont conduit à la constitution de listes noires comprenant les noms de personnes vaguement soupçonnées de sympathies communistes. En 1950, beaucoup de gens dans le monde occidental associaient le communisme aux régimes totalitaires combattus durant la deuxième guerre mondiale. Au cours de la chasse aux sorcières qui s’en est suivie, des milliers d’Américains ont été placés sur la liste noire, y compris de nombreuses célébrités, dont la plupart n’étaient en réalité accusées d’aucun crime et n’étaient même pas membres du parti communiste. Ils ont souffert parce qu’ils défendaient, ou étaient supposés défendre, des idées politiques impopulaires. Un certain nombre d’artistes américains, d’animateurs, de musiciens et d’universitaires, persécutés pour leurs croyances politiques, ont cherché refuge en France.
Un demi-siècle plus tard, une liste noire existe en France. Elle comprend des minorités spirituelles nommées par une commission parlementaire qui les a étiquetées comme « sectes » en 1996. La commission a tenu des auditions à huis clos, 21 heures au total. Elle a fait l’impasse sur vingt ans de recherche par des spécialistes, se fondant presque exclusivement sur des rapports de militants défendant leurs propres intérêts et ceux d’ex-membres. Les droits de l’homme furent ignorés. La commission a rédigé sa liste noire de façon arbitraire, en ne laissant aucune possibilité à une organisation de se faire rayer de la liste. Certains membres des groupes référencés ont vu leur carrière ruinée, leur famille brisée et leurs enfants harcelés à l’école. D’autres se sont vu refuser l’accès à des associations ou à des organisations sociales : ainsi, une fillette de 10 ans n’a pas été acceptée chez les scouts à cause de la religion de ses parents.
Tout comme dans l’Amérique des années 50, des individus, par exemple des éducateurs, des hommes d’affaires, des artistes, des scientifiques, sont montrés du doigt alors qu’ils ne sont accusés d’aucune faute.
Le pasteur d’une église évangélique parisienne, Vince Easterman, a déclaré en février 2002 sur CBN News (un service d’informations sur Internet) : « Depuis ce jour, nous avons été étiquetés comme secte. Après la publication de cette liste, nous n’avons eu aucune occasion de nous défendre, aucune occasion de faire appel. »
Le mot « évangélique » même a été transformé en étiquette infamante, comme lorsque J. McCarthy qualifiait ses adversaires de « communiste ».
Selon le président de la Fédération protestante de France, quelques églises protestantes ont retiré l’appellation « évangélique » de leur nom par crainte de représailles officielles. Selon un porte-parole de la Fédération : « le mot “évangélique” a le don d’effrayer. »
A l’époque du maccarthysme, être simplement soupçonné d’association avec des communistes était suffisant pour voir sa carrière détruite.
Owen Lattimore, distingué savant chinois de l’Université John Hopkins, fut l’une des cibles du sénateur J. McCarthy. En mars 1950, J. McCarthy a prétendu que Lattimore était « le plus grand agent d’espionnage soviétique aux Etats-Unis ».
L’influent « Wall Street Journal » a repris l’information. Le journal décrivait Lattimore comme étant « dans l’il de la tempête d’accusations de J. McCarthy » et poursuivait ainsi : « le sénateur J. McCarthy a jusqu’à présent été incapable de produire contre Lattimore le type de preuve qui a conduit un jury à condamner Alger Hiss comme communiste. Il demeure qu’une étude attentive des écrits de Lattimore ne renvoie pas l’image d’un savant objectif, anti-communiste, victime d’une “chasse aux sorcières” sans scrupules. » Un comité du congrès américain innocenta Lattimore en 1950, mais en 1951, à l’instigation de J. McCarthy, le Sénat américain rouvrit l’enquête. Après une enquête du F.B.I. qui a accumulé 38 900 pages, on conclut finalement à l’innocence de Lattimore.
Seulement voilà.... Sa carrière de savant américain était ruinée et Lattimore dut se résoudre à quitter les États-Unis en 1963.
Aujourd’hui en France, être soupçonné d’association avec un groupe évangélique ou une religion minoritaire peut avoir les mêmes conséquences. Quand un dentiste qui souhaitait changer de profession s’est inscrit à une faculté de droit, son entrée lui a été refusée. La raison ? Il était en contact avec le pasteur et la Congrégation Théologique de l’Institut de Nîmes à Uchaud, séminaire et collège biblique baptiste qui se trouvait sur la liste noire des 172 groupes spirituels et philosophiques dressée par une commission parlementaire en 1996.
Le Ministère de l’Intérieur français soutient que la liste noire n’est pas un document officiel et n’a « pas d’effet juridique ». C’est une faible consolation pour les victimes.
Martine était enseignante dans une école parisienne, utilisée comme école d’application par le Ministère de l’Éducation nationale. En octobre 2001, elle a été prise pour cible d’une campagne pour l’évincer de son poste parce qu’elle était membre de l’Église de Scientologie et « pourrait faire du prosélytisme. » Son dossier professionnel était irréprochable et aucun de ses détracteurs ne pouvait produire la moindre preuve qu’elle ait fait quoi que ce soit d’incorrect. Mais son innocence même a été dénoncée. Selon ses persécuteurs, qu’elle n’ait rien fait de mal prouvait simplement qu’elle était dangereuse parce qu’elle était « trop agréable ». Suite à la campagne orchestrée par la M.I.L.S. (gros titres dans les médias nationaux, manifestations, réunions d’activistes), Martine a été relevée de ses fonctions dans cette école ; elle a été mutée d’office et sa carrière a été sérieusement compromise.
Depuis, Daniel Groscolas, du Ministère de l’Éducation nationale, a cité en exemple le cas de Martine pour justifier une campagne officielle destinée à avertir les élèves du prosélytisme des « sectes ».
Personne n’a fait remarquer à ceux qui avaient enquêté sur Martine qu’ils n’avaient pas été en mesure de citer un seul cas où elle aurait essayé de convertir quelqu’un.
L’hystérie suffit pour condamner.
Dans certains cas, la discrimination a des conséquences tragiques. Le Docteur Yves Jullien avait ouvert un centre de thérapie à L’Isle-sur-Serein en 1993. Il se consacrait avec succès à la réhabilitation de drogués et de psychotiques, travaillant régulièrement avec l’hôpital local. La rumeur a alors pris forme : il aurait été le « gourou d’une secte ». Il a rapidement dû procéder à la fermeture de son centre.
« Ce qui m’est le plus difficile aujourd’hui, c’est le regard des autres », a expliqué le Dr Jullien peu de temps avant de se donner la mort (L’Yonne Républicaine, 20/6/2000).
Après sa mort, ses anciens collègues, amis et patients ont témoigné de son caractère et de ses qualités :
« Il régnait une atmosphère fraternelle.[...] Yves Jullien était un homme droit, indépendant... »
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